Prisons et populisme pénal en Amérique latine
Prisons et populisme pénal en Amérique latine

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Culture
samedi 20 décembre 2025
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Ce mois-ci, l’équipe de Semillas Latinas s'intéresse au populisme pénal en Amérique latine. Élaboré par le magistrat et chercheur Denis Salas, ce concept désigne l’utilisation stratégique du droit pénal par les acteurs politiques afin de renforcer leur popularité ou de capter l’attention médiatique.

Le Salvador, présidé par Nayib Bukele, est devenu emblématique de cette dynamique. La prison constitue l’un des piliers de sa politique sécuritaire. Depuis qu’il est au pouvoir, l’incarcération massive et arbitraire des personnes est rendue possible par l’instauration d’un état d’urgence permanent, renouvelé plus de vingt fois, au mépris de l’État de droit. Aujourd’hui, au Salvador, 2 % de la population se trouve derrière les barreaux : un triste record mondial… Pour en parler, nous avons reçu au micro de Semillas Latinas, Thierry Maire, sociologue, affilié au centre Maurice Halbwachs, et professeur invité permanent à l’École supérieure d’économie et de commerce de San Salvador.

Une revue de presse est l'occasion de faire le point sur l’actualité latino-américaine de ces dernières semaines. Les tensions entre les États-Unis et le Venezuela se sont intensifiées, Washington renforçant sa pression militaire et politique au nom de la lutte contre le trafic de drogue, une justification que Caracas considère comme un prétexte à une nouvelle forme d’interventionnisme en Amérique latine. Au Brésil, condamné à 27 ans de prison pour tentative de coup d’État après l’élection de 2022, Jair Bolsonaro purge désormais sa peine à Brasilia. Arrivée en tête du premier tour de la présidentielle chilienne, la candidate de gauche Jeannette Jara, affrontera son rival d’extrême-droite, José Antonio Kast, lors du second tour prévu le 14 décembre. La campagne électorale a été centrée sur l’insécurité liée au crime organisé et sur le rejet de l’immigration

Ces réflexions sont poursuivies par une série de chroniques-reportages. Après une analyse approfondie de la politique carcérale menée au Salvador, Anael Michel vous parle d’une autre facette, plus silencieuse mais non moins alarmante, de la stratégie punitive de l’État salvadorien : la répression du corps des femmes à travers la criminalisation de l’avortement. Ensuite, Sylvie Argibay et Anael Michel vous présentent deux collectifs anti-carcéraux mexicains. No Estamos Todxs accompagne des prisonniers politiques dans l'État du Chiapas, dans le sud du Mexique, tandis que Hermanas en la Sombra promeut la défense des droits des femmes privées de liberté, à travers l’écriture et l’art comme outils de transformation.

Féminisme et abolitionnisme carcéral vont-ils toujours de pair ? Le féminisme abolitionniste critique le recours à la punition comme forme de dissuasion et l’appareil policier et judiciaire tout entier, marqué par le racisme et le classisme. À l'opposé, le féminisme carcéral revendique un pouvoir punitif accru pour combattre les violences de genre. Selon cette perspective, la lutte contre les violences sexistes et sexuelles passe par la sanction pénale des auteurs et par l’extension et le durcissement des peines données aux agresseurs. Un tour d'horizon de ce débat épineux est proposé par Sylvie Argibay. 

Tout au long de l’épisode, une musique engagée accompagne ces récits de lutte avec le titre « Gimme tha Power » du groupe de groupe de rock mexicain Molotov, un tube contestataire sorti en 1997 et « Un Movimiento Social » de Sara Hebe, une voix anticapitaliste, féministe et antifasciste.

Équipe de production : Sylvie Argibay, Anael Michel

Semillas Latinas
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