Muddy Monk • Petit Soldat
Ce mois-ci, nous continuons notre cycle sur les migrations et les diasporas latino-américaines ! La rédaction de Semillas Latinas s’est penchée pour ce second épisode sur les migrations Sud - Sud : les mobilités internes au continent sud-américain, mais aussi les migrations africaines en Amérique latine.
Notre duo d’animatrices Sylvie Argibay et Anael Michel vous proposeront d’abord un tour d’horizon de l’actualité : un retour de la droite en Amérique latine qui ne fait que se renforcer avec les élections présidentielles au Costa Rica remportées par la candidate conservatrice Laura Fernandez ; Cuba en pleine crise énergétique, sa population sous rationnement subissant de plein fouet les restrictions états-uniennes empêchant tout pays de fournir du pétrole à l’île ; au Venezuela, si le régime chaviste est toujours en place, ce sont quelques centaines de prisonniers politiques qui ont été relâchés, le pétrole ouvert au secteur privé et la main de fer des États-Unis plus forte que jamais sur la vice-présidente Delcy Rodriguez… Un impérialisme réaffirmé qui est en train de rebattre les cartes migratoires, géopolitiques et énergétiques en Amérique latine, et contre lequel la superstar mondiale portoricaine Bad Bunny s’est symboliquement opposé lors de son show au Super Bowl ! Du soft power latino qui fait du bien !
Entrons maintenant dans le vif du sujet.
Depuis la colonisation, les mobilités humaines — choisies ou contraintes — ont profondément transformé les sociétés et les territoires latino-américains. Les grandes villes se sont construites au rythme de vagues migratoires successives venues d’Europe, du Moyen-Orient, d’Asie et d’autres pays latino-américains. Dès le début du XXe siècle, l’essor des productions agricoles d’exportation et les traités commerciaux ont intensifié les migrations intracontinentales, souvent motivées par les inégalités, la pauvreté et la violence. Au-delà des routes vers les États-Unis, de nouveaux flux relient les régions andines aux pays du Cône Sud, tandis que des personnes africaines et asiatiques traversent également l’Amérique du Sud, notamment par la dangereuse jungle du Darién. Parallèlement, malgré l’esprit protecteur de la Déclaration de Carthagène (1984) sur la protection internationale des réfugié·e·s, plusieurs États restreignent aujourd’hui l’accès à leurs frontières, allongeant et précarisant les parcours migratoires.
La population vénézuélienne est au cœur de ces violences migratoires : son exode vient reconfigurer ces routes et mettre en lumière l’évolution des politiques d’accueil des pays d’Amérique latine depuis une décennie. Pour en parler, Manon Méziat reçoit au micro de Semillas Latinas Lucie Laplace, doctorante en science politique à l’Université Lyon 2 et experte des migrations forcées en Amérique latine.
Cette traversée radiophonique se poursuit avec Sylvie Argibay qui revient sur la question des déplacements forcés internes, un angle important des migrations latino-américaines. Elle nous emmène en Colombie, où ce sont près de 8 millions de personnes qui ont été déplacées, du fait du conflit armé qui se poursuit depuis les années 1960 entre l'État colombien et différents groupes armés (guérillas subsistantes, groupes paramilitaires ou encore bandes criminelles de zones urbaines). En Haïti également, où les populations fuient leurs quartiers et territoires face à la violence des gangs.
La chronique cinéma de Pauline Rossano nous emmène ensuite découvrir une série de films qui nous rappelle que derrière les flux migratoires, se trouvent des histoires, des visages, des doutes et des voix.
Ces dynamiques migratoires sont également transcontinentales, comme nous le démontre Anael Michel dans sa chronique sur les traces de la présence contemporaine africaine en Amérique latine, révélant la pluralité des vécus, des destinations, et la précarité qui caractérise ces populations, tant sur les routes migratoires que dans les grandes mégalopoles où elles se retrouvent.
Pour clôturer cet épisode, nous partons en immersion sonore avec Astrée Toupiol, entre les fleuves nigérians et les côtes nordestines du Brésil, à la rencontre de la déesse Yemanjá, déesse des mobilités forcées qui voyagea avec les populations esclavagées. Les humains migrent, et leurs cultures et traditions aussi, se retrouvant bien souvent pris dans des processus de « syncrétisme ».
Comme d'habitude, nous rythmeront l’épisode de pauses musicales savoureuses et engagées : Movimiento du musicien et compositeur uruguayen Jorge Drexler, chez qui la relativité et l’insignifiance des nationalités et des frontières comptent parmi les thèmes de prédilection. Somos sur de l’artiste chilienne Ana Tijoux, en collaboration avec la rappeuse palestinienne Shadia Mansour, un hymne à la solidarité et à la résistance des peuples du sud. Leur chanson dénonce l’intervention étrangère états-unienne en Amérique latine et au Moyen-Orient.
Cet épisode a été réalisé par le maestro Mickaël Adarve !
Bonne écoute sur les ondes latines !
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