Comédie et musicals • SLIME
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Pour la grande majorité des personnes réunies dans cette salle, ce que je vous décris n’est qu’une banalité. Pour des centaines d’enfants et d’adolescents en exil, sans la protection de leur famille, le scénario que je vous dépeins n’est qu’une illusion. Un rêve pour lequel ils essaient de survivre.
C’est pour briser cette injustice et sortir ces visages de l'ombre que le samedi 18 avril, un ouvrage essentiel est venu bousculer le silence des librairies. Écrit par le Collectif des Jeunes du Parc de Belleville et Dr. Martine El Ouardi, ils ont publié : « L’heure est grave ! Mineurs étrangers, une lutte inédite ». Un livre qui ne raconte pas seulement l’histoire d’un collectif ; mais celui d’une lutte qui s’inscrit dans l’histoire d’un lieu que vous connaissez tous, celui de la Gaîté Lyrique.
Tout commence en septembre 2023. Le collectif se forme autour d’une urgence : celle de jeunes sans-abris réfugiés dans le parc de Belleville. Leur combat ? Le respect de la présomption de minorité pour les jeunes étrangers sans papiers. Être reconnu mineur, c’est basculer du côté de la protection de l’enfance, c’est accéder aux droits qui sont promis dans notre devise, c’est accéder à l’éducation, à un logement digne. Sans ce statut, vous n'êtes rien. Vous restez bloqués dans un vide juridique, qui vous voit mais qui ne vous aide pas.
C’est pour dénoncer cette précarité que le 10 décembre 2024, face à l’hiver et le silence, le collectif a été poussé à occuper la Gaîté Lyrique afin d'alerter l'opinion publique, la mairie de Paris, ainsi que la préfecture sur leur situation.
Durant quatre mois, ce lieu culturel est devenu leur dernier rempart. Mais derrière la solidarité des équipes de la Gaîté, la réalité a été d’une violence inouïe. Une violence médiatique. Une violence politique. Une violence systémique.
Une violence qui va finir par porter un uniforme. Et une date va rester gravée comme le symbole de cette rupture : le 18 mars 2025. Il y a un peu plus d’un an, à six heures du matin, le préfet de police Laurent Nuñez ordonne aux CRS de libérer les locaux. Sous la nef de ce bâtiment, les jeunes et leurs soutiens seront nassés, gazés, matraqués, interpellés.
Un an après, l’amertume est totale. Pour ces adolescents, l'horizon s'est de nouveau réduit à l'errance. Et malgré les cris d’alarme, les chants de mobilisations, les témoignages, rien n’a changé. Les institutions continuent de détourner le regard.
Au-delà du sort de ces personnes, ce traitement pose une question qui nous concerne tous : comment nos médias ont-ils raconté cette lutte ? Pourquoi certains ont-ils choisi le silence, et d’autres la stigmatisation ? Cet édito ouvre une émission dédiée au traitement médiatique des personnes en situation de migration. Car la manière dont on parle d’eux dit tout de notre capacité à faire société.
Pour évoquer ces questions avec nous :
Animation : Eliséa & Alexis
Journalistes : Aline, Aliénore & Chloé
Chroniqueur·euses : Shenoa, Romain, Maelle, Malek, Ania
Reportages : Mélina, Paloma, Aline, Doreen, Juliette, Aliénor
Réalisation : Camille Masson
Technique : Pierre Nguyen Tri & Bettina Lormeau
Coordination : Julia Martin
Cette émission est la restitution d'un atelier radio sur le traitement médiatique des questions migratoires, encadré par Camille Masson et Zoé Neboit de février à avril 2026, soutenu par la CVEC du Crous de Paris.