Devant l'écran, confortablement installée dans son lit occidental, renvoyée sans cesse au désastre dans son petit carré pixel, elle se laisse remplir d'une violence tristesse.
Ces cinq épisodes essaient de capter comment se situe une personne blanche de classe moyenne dans son quotidien inébranlable alors que les story et les reels en provenance de Gaza la vident lentement de son humanité. En toile de fond, une violence inouïe qui abime, vampirise l'esprit. Face au désarroi devant le génocide, il lui faut alors trouver le moyen de lutter contre les affects tristes, retrouver ancrage et capacité d'agir dans le collectif, brandir la voix et le corps vers l'horizon.
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Dialogues de Gilles Deleuze et Claire Parnet
« Nous vivons dans un monde plutôt désagréable, où non seulement les gens, mais les pouvoirs établis ont intérêt à nous communiques des affects tristes. La tristesse, les affects tristes sont tous ceux qui diminuent notre puissance d’agir. Les pouvoirs établis ont besoin de nos tristesses pour faire de nous des esclaves. Le tyran, le prêtre, les preneurs d’âmes, ont besoin de nous persuader que la vie est dure et lourde. Les pouvoirs ont moins besoin de nous réprimer que de nous angoisser, ou, comme dit Virilio, d’administrer et d’organiser nos petites terreurs intimes. La longue plainte universelle qu’est la vie… On a beau dire « dansons », on n’est pas bien gai. On a beau dire « quel malheur la mort », il aurait fallu vivre pour avoir quelque chose à perdre. Les malades, de l’âme autant que du corps, ne nous lâcheront pas, vampires, tant qu’ils ne nous auront pas communiqué leur névrose et leur angoisse, leur castration bien-aimée, le ressentiment contre la vie, l’immonde contagion. Tout est affaire de sang. Ce n’est pas facile d’être un homme libre : fuir la peste, organiser les rencontres, augmenter la puissance d’agir, s’affecter de joie, multiplier les affects qui expriment un maximum d’affirmation. Faire du corps une puissance qui ne se réduit pas à l’organisme, faire de la pensée une puissance qui ne se réduit pas à la conscience. »